Résumé

La vengeance est un plat qui se mange froid. C’est la raison pour laquelle tout violeur, dès son premier forfait accompli, devrait passer le reste de son existence à vivre dans l’angoisse d’un piège fatal. Même de nombreuses années plus tard, il se peut que son passé le rattrape et l’envoi sans préavis dans l’univers des têtes en os.

Adrien Sanchez, père d’une jeune fille de 13 ans, traumatisée à vie par un violeur multirécidiviste, s’est ressenti un impérieux besoin de châtiment afin que ce criminel ne puisse plus jamais sévir. Pour parvenir à ses fins, il va déployer des trésors d’imagination pour l’envoyer directement chez Satan sans laisser de traces… Va-t-il ou non, échapper aux investigations du lieutenant de police Alexandra Levasseur et de son jeune stagiaire, Jérôme Bouchard, passionné de polars ?

Bernard Guyso.

Chapitre 1

Juliette Tardieu, 23 ans, fluette, pas beaucoup plus d’un mètre cinquante-cinq sous une épaisse chevelure blonde frisée. Vêtue d’un pantalon gris, d’un épais pull de laine marron partiellement recouvert par une doudoune matelassée beige, sortait en larmes de la cour d’assises de Bobigny.  Entourée par son avocat, ses parents et son frère Cédric, 31 ans. Ils venaient d’assister au jugement d’un certain Éric Maudon, 39 ans, multirécidiviste, déjà condamné trois fois pour viols et cinq fois pour trafic de cannabis. Aujourd’hui, reconnu coupable de viol avec arme sur la personne de Juliette Tardieu.

Il y a un peu plus de deux ans, après avoir reçu une balle de petit calibre dans la poitrine, Juliette avait par miracle, échappée à la mort. Dès lors sa vie avait basculé dans une grave dépression dont elle n’était toujours pas sortie. Il faut dire que pour couronner le tout, l’ami avec qui elle vivait depuis trois ans, l’avait lâchement abandonnée deux mois plus tard. C’est pourquoi elle était revenue vivre chez ses parents à Villemomble et n’avait toujours pas pu reprendre son travail d’infirmière qu’elle exerçait avec passion à l’hôpital de Lariboisière à Paris. Quant au violeur, il venait d’être condamné à quinze ans fermes. Comme il venait d’en purger presque deux, par conséquent avec les remises de peines probables, il serait à nouveau dehors dans un peu plus de cinq ans… Pour probablement continuer à briser des vies. Cette idée était intolérable dans l’esprit de Cédric Tardieu, pigiste[1], qui en voulait terriblement à François Mitterrand d’avoir permis à son ministre de la justice et garde des sceaux Robert Badinter, de faire voter par l’Assemblée Nationale, l’abolition de la peine de mort le 18 septembre 1981, alors que selon sa logique, un débat national aurait dû être engagé, suivi par un référendum pour adopter ou refouler une loi d’importance capitale pour la sécurité des citoyens. Depuis ce drame, il se posait souvent cette question : Pourquoi faire des procès à des criminels avérés et récidivistes, pour en récompense les relâcher à moitié de leur peine ? Ces individus malfaisants ont-ils eu recours à des procès équitables avant d’exécuter leurs victimes, qui elles ne s’en remettront jamais ?

Cédric est un homme de corpulence moyenne, d’allure sportive. Marié et père de jumeaux de sept ans. Doté d’un caractère bien trempé et d’un esprit libre et frondeur, il aime les défis et en règle générale, ne se laisse pas influencer facilement ; qualité aussi rare qu’appréciable pour un journaliste indépendant qui se veut incorruptible. Quant à François Tardieu, 57 ans, père de Cédric et Juliette, ébéniste de talent. Cet homme a été tellement bouleversé par le viol et tentative d’assassinat de sa fille, que ses cheveux sont devenus blancs en une seule nuit. Deux ans plus tard, on lui en accorde facilement dix ans de plus. Dernièrement, les médecins lui ont diagnostiqué un cancer de l’estomac pour lequel il doit être opéré très prochainement. Profondément digne, il essayait tant bien que mal de dissimuler ses larmes.

[1] Journaliste indépendant ou freelance.