En arrêt devant la vitrine d’un joaillier, elle regardait avec convoitise toutes ces petites choses brillantes et inutiles, exclusivement fabriquées pour le plaisir des yeux afin d’attirer les regards admiratifs ou envieux.

Elle était là, immobile, l’esprit absorbé par tant de richesses inaccessibles, quand une voix la fit sursauter.

  • Avez-vous trouvé votre bonheur dans cette vitrine ?

Isabelle se retourna, et vit un jeune homme habillé avec raffinement, cheveux bruns de coupe soignée, visage rond au front large, ayant conservé les traits de l’enfance. Il avait l’air plutôt sympathique avec son beau sourire découvrant des dents blanches.

  • Oui, mais je n’ai pas la bourse à Rothschild !
  • Me permettez-vous de vous offrir le bijou de vos rêves ?
  • Vous voulez rire !
  • Je n’ai jamais été aussi sérieux. Au premier coup d’œil, j’ai su que je ne pourrais jamais vous oublier !
  • Bla bla bla, dit-elle en éclatant de rire.
  • Choisissez le bijou qui vous plaît dans cette vitrine, je vous l’offrirai avec joie !
  • En échange de quoi ?
  • Mais uniquement d’un sourire, vous êtes si jolie !
  • Vous plaisantez ? On ne se connaît même pas !
  • Mais si, voyons, ne parlons-nous pas gentiment depuis quelques secondes ?
  • Très drôle !
  • Soyez rassurée, je n’ai aucune mauvaise intention, je suis simplement l’heureux bénéficiaire d’un gros héritage, à la recherche de l’âme sœur pour profiter à deux de cette manne.

S’agissait-il d’un hâbleur, d’un voyou ou d’un honnête garçon ? Isabelle réfléchissait à toute vitesse. Elle calculait surtout ce qu’elle perdrait en refusant. À première vue il avait plutôt l’air gentil, attendrissant même, avec son visage poupin et son gracieux sourire un tantinet moqueur. Comme il lui faisait bonne impression elle se dit qu’au pis-aller, il faudrait qu’elle passe à la casserole. Mais les boucles d’oreilles affichées à six mille huit cents francs, en diamants sertis sur monture or ciselée, qu’elle admirait tellement dans la vitrine du tentateur professionnel, valaient bien quelques séances de jambes en l’air.

Après tout, pour une fois qu’elle pouvait concilier plaisir et intérêt elle n’allait pas refuser. Depuis ses quinze ans elle l’avait fait si souvent pour rien, pas même pour un petit bouquet de fleurs. Or, laisser passer une chance pareille serait aussi fou que de déchirer un billet gagnant du gros lot de la Loterie Nationale.

Le garçon la voyant longuement hésiter lui demanda pour rompre le silence.

  • Mademoiselle… ou Madame ?
  • Mademoiselle !
  • Un cœur libre, quelle chance ! Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis heureux que la providence m’ait fait croiser votre chemin. Je n’ai jamais rencontré une fille avec des yeux comme les vôtres et un si joli profil de princesse.
  • Merci, n’en faites pas trop quand même !
  • Ce qui est fantastique avec les jolies filles, c’est que si nous les complimentons pour leur beauté nous passons pour d’horribles flatteurs, et si nous ne le faisons pas nous sommes catalogués d’affreux mufles !
  • Admettons, mais vous savez je me méfie toujours !… Vous offrez souvent des bijoux aux filles que vous rencontrez dans la rue ?

Le moment était venu de porter l’estocade, celle à laquelle une femme normalement constituée ne peut résister qu’au prix d’efforts bien supérieurs à ses forces.

  • Sachez que c’est la première fois que je suis touché en plein cœur par le fameux coup de foudre ! Jusqu’alors je n’imaginais pas un seul instant qu’il put réellement exister !

Isabelle, rougissante et perplexe, restait sans voix devant ce garçon si sympathique, direct et sûr de lui.

  • Le bijou que je souhaite vous offrir n’est qu’un modeste hommage à votre beauté.
  • Dites-moi que je rêve !
  • Mais non voyons, vous ne rêvez pas ! Je suis parfaitement sincère, je vous offre le bijou qui vous plaît sans aucune condition, que vous acceptiez ou non de partager avec moi les bons moments de la vie, je pourrai dorénavant dire avec fierté : « Le coup de foudre existe, je l’ai ressenti… avec la plus jolie des fées ! »

À ces mots, Isabelle ne se sentit plus de joie, elle ouvrit un large sourire et laissa tomber…

  • Moi aussi je vous trouve très sympa… Je crois bien également avoir été foudroyée !
  • Alors, acceptez-vous d’entrer dans ce magasin ?
  • Puisque vous insistez, mais je vous préviens, dit-elle en montrant du doigt la ravissante paire de boucles d’oreilles, en avez-vous vu le prix exorbitant ?
  • Quelle importance ! Vous devriez savoir chère jolie… comment ?
  • Isabelle.
  • Isabelle ! Voilà un prénom qui vous va à ravir !… Vous devriez savoir chère jolie Isabelle, que la beauté n’a pas de prix ! alors, entrons !
  • Et vous, quel est votre prénom ?
  • Dominique, mes amis m’appellent Doumé !